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Les mille et un atouts de la consoude

Depuis sa découverte à l’Antiquité, la consoude a fondé sa réputation sur ses vertus thérapeutiques.
Avec le temps, les agriculteurs, jardiniers amateurs et professionnels ne cessent d’en faire l’éloge.

Avec sa touffe de grandes feuilles et sa floraison en clochette, les Européens ont parfois du mal à reconnaître la valeur économique et écologique de la consoude.
L’histoire et la science ont pourtant démontré et affirmé que sous son aspect ornemental, la consoude est une plante magique des jardins et des potagers.

Fleurs en clochette de consoude officinale
Fleurs en clochette de Symphytum officinale

L’herbacée médicinale qui fait des miracles aux jardins

La consoude dans le monde médical

Les vertus médicinales de la consoude ont été découvertes durant l’Antiquité.
Native d’Europe ou de l’Ouest de l’Asie, la consoude s’est propagée de manière naturelle le long des grandes routes européennes par les gens pèlerins et voyageurs.

A l’Antiquité, le breuvage de consoude s’utilisait pour traiter les crachements de sang. En application externe, le cataplasme de Symphytum traite diverses inflammations et cicatrise rapidement les blessures fraîches.

Au Moyen-âge et à la Renaissance, l’exploitation de la consoude en médecine traditionnelle a pris de l’élan et elle était aussi utilisée dans le cas de fractures des membres, d’ulcère et de plaies sévères.

Les anciens grecs ont alors appelé cette plante aux vertus cicatrisantes et antiinflammatoire sous le terme Sumphuton. Le pharmacologue Dioscoride s’est alors lançé dans une première définition de deux espèces de consoude au Ier siècle dans l’ouvrage De materia medica.  

Sumphuton pektê : Il a une tige velue, de deux coudées ou davantage, anguleuse, creuse comme le laiteron (sogkos)…Les racines sont noires à l’extérieur, blanches et gluantes à l’intérieur. (…) Broyées et prises en boisson, elles sont efficaces pour les fractures et les crachements de sang et en application avec des feuilles d’érigéron pour les inflammations, surtout celles qui surviennent à l’anus. Elles cicatrisent les plaies les plus récentes et agglutinent les chairs quand on les fait cuire ensemble.

Dioscoride

La description de Dioscoride fut appuyée par le naturaliste romain Pline l’Ancien en se référant aux symphytum petraeum.
Divers traités de médecine s’ensuivent pour tenter d’affirmer que sumphuton pektê serait la consoude grecque Symphytum bulbosum C. Schimper.

Pedanius Dioscoride - Le premier médecin à décrire la consoude
Pedanius Dioscoride – Le premier médecin à décrire la consoude

Après avoir pris de la place dans la culture française, la consoude symbolisait le 16ème jour du mois Floréal du calendrier républicain, c’est-à-dire le 5 mai.

Il faudra attendre le médecin Jean Fernel pour introduire Symphytum officinale en pharmacologie.
Celui-ci proposa alors un sirop de sommités de consoude (et de pétales de roses, de bétoine, plantain, pimprenelle, scabieuse et tussilage) qui sera longtemps utilisé contre les diarrhées, les hémorragies, la toux et la phtisie.

Ce n’est qu’au XXème siècle que les racines de consoude ont pris de la notoriété.
On attribuait alors aux extraits de racine de consoude des vertus émolliente, rafraîchissante, calmante, analgésiante, antihémorragique, cicatrisante, et activant les sécrétions muqueuses.

L’intégration de la consoude dans nos jardins

La domestication de la consoude a commencé vers 1771 par le pépiniériste anglais, Joseph Busch.
Il cultiva cette plante à des fins ornementales au jardin de Catherine II de Russie au palais de Saint Petersbourg.
Pour des raisons d’esthétique, il planta alors des consoudes à fleurs bleu-ciel à côté de consoudes à fleurs jaunes. 
C’est ainsi qu’est née naturellement la consoude Bocking 14 : le plus puissant engrais vert de la gamme des consoudes.

Les recherches furent ensuite poursuivies par Henry Doubleday et la consoude a commencé de prendre de la notoriété en Angleterre vers les années 1870.

Ce n’est qu’en 1948 à 1955 que Lawrence Hills commença à en promouvoir l’efficacité en jardinage et  comme fertilisant naturel.

C’est ainsi que les espèces de Symphytum ont commencé à gagner du terrain en Angleterre au XIXème siècle et dans les années 1960 aux Etats-Unis où elles étaient connues tant pour leurs propriétés curatives que pour leur caractère ornemental.

Consoude en culture
Symphytum en culture (CC BY-SA 4.0 – Ji-Elle)

La consoude, une herbacée au graphisme simpliste

La consoude est une herbacée pérenne de la famille des Boraginacées comme la bourrache, le myosotis et la vipérine.
Appartenant au genre Symphytum, elle présente un large panel d’espèces tout aussi intéressantes les unes que les autres.
Le genre Symphytum doit son appellation à ses propriétés cicatrisantes et à sa faculté de consolider les fractures. En effet, Sympathum vient du mot grec Symphyse qui signifie union.

Facilement reconnaissable grâce à ses larges feuilles vertes épaisses, velues de forme ovale et lancéolée à bout pointu, la consoude nous propose aussi des fleurs de différentes couleurs suivant les variétés.
En fin de printemps au début de l’été, cette Boraginacée nous gâte de ses fleurs en clochette de couleurs diverses. Les fleurs passent du blanc au violet.

Avec ses racines pivotantes, elle s’acclimate facilement à différents emplacements même si elle a une préférence pour les zones humides ombragées.
Elle colonise ainsi les bordures de rivières et des ruisseaux mais celles des fossés.

Consoude officinale en bord de route
Consoude officinale en bord de route (CC BY-SA 2.0 – Evelyn Simak)

La consoude, une plante riche en dénomination

Intégrant différentes cultures et diverses nations, la consoude est connue sous nombreuses appellations.
Le terme consoude s’applique à toutes les espèces et Symphytum officinalis est souvent connu sous le nom de grande consoude. Néanmoins, ce terme s’utilise aussi pour dénommer d’autres espèces, alors quelques attentions sont requises.

Connue auparavant sous le nom vernaculaire Consolida qui signifie consolider, elle a pris avec le temps l’appellation de consoude.
La consoude officinale est communément connue sous le nom de consoude de Russie ou de consoude sauvage.
D’autres termes s’appliquent également comme l’oreille d’âne, la langue de vache, la confée ou encore Consyre.
Reconnue pour ses vertus thérapeutiques, on l’appelle aussi l’herbe aux charpentiers ou l’herbe aux coupures.

Symphytum officinale, une plante aux milles variantes

Symphytum officinale se cultive particulièrement à des fins ornementales, médicinales mais aussi comme engrais vert. Différentes espèces sont disponibles afin de répondre aux attentes de tout un chacun.

En effet, sous les diverses appellations de la consoude se cachent de nombreuses espèces dont les plus connues sont :

  • La consoude officinale (Symphytum officinale ou Symphytum officinalis) : la plus célèbre de toutes les espèces du genre.
    Elle s’utilise comme engrais vert et pour ses vertus médicinales.
  • La consoude rugueuse ou hérissée (Symphytum asperum) : aux fleurs violettes.
    Elle s’utilise fréquemment comme plante fourragère en Russie.
  • La consoude bleue (Symphytum azureum) : à la floraison printanière et abondante faite de multiples clochettes de couleur pourpre évoluant vers le bleu ciel à bleu foncé.
    Elle s’utilise fréquemment en apiculture et comme couvre-sol.
  • La consoude bocking 14 (Symphytum officinalis X Symphytum asperum) : aux fleurs bleu-gentiane. C’est une espèce très prisée comme engrais vert.
    Elle fixe 2 fois plus d’azote que l’espèce officinale. Elle donne du compost très fertile. La floraison abondante ne produit pas de graines, aussi sa culture se maitrise facilement.
Différentes espèces de consoude
Différentes espèces de consoude

La consoude, une plante avide d’eau

La culture (facile !) de la Consoude

Très facile de culture, elle s’adapte à une large gamme de sols riches en eau.
Le cas échéant, un arrosage régulier est requis.

En emplacement ensoleillé ou mi-ombragé, elle s’épanouira facilement. A racines pivotantes, la consoude se plaira sur sol meuble et profond en puisant les éléments nutritifs en profondeur.
En partie isolée et délaissée du jardin, la consoude améliorera la fertilité de la zone.

Pour une bonne reprise des plants, nous vous conseillons une mise en place définitive de mars à  mai ou en septembre.

Pour les cultures en pleine-terre de consoude, respectez un espacement de 60 à 90 cm entre les pieds de consoudes pour leur bon développement.

Plante facile d’entretien, l’herbe aux coupures ne requiert aucun traitement spécifique. Si vous êtes tentés de couper les feuilles au printemps, elles repousseront de plus belle et vous aurez encore 3 à 4 productions possibles.

Arrosez abondement en cas de fortes chaleurs et plus particulièrement durant les 2 premières années. Par la suite, les racines de la consoude trouveront d’elles-mêmes l’eau en profondeur.

En automne, pensez à pailler au pied en lui apportant du compost bien décomposé .

Attention : N’oubliez pas de porter des gants à l’entretien des consoudes, leurs feuilles velues sont irritantes.

Une plante facile de reproduction

Par semis, par division de touffes ou par bouturage de racine, tout jardinier amateur arrivera facilement à produire sa propre consoude.

Le semis de consoude se pratique presque toute l’année hors période de gel et de grand froid.
Il réussit bien sous des températures de 15 à 25°C. N’oubliez pas que la consoude apprécie le froid et l’humidité pour germer.
Après la levée des graines au bout de 10 à 21 jours, éclaircir les plants et ne garder que les plants robustes.
L’éclairci permet de garder le bon espacement entre les pieds.

  • Semer la consoude en poquets de 4 ou 5 graines sur un sol préalablement labouré et amendé.
  • En godet, utiliser un terreau de semis.
  • Semer les graines de consoude en les espaçant de 0,30 m environ.
  • Arroser régulièrement vos semis.
  • Repiquer les jeunes plants au printemps.

La bouture de racine de Symphytum donne de meilleurs résultats que le semis et en plus, c’est plus simple !
Elle peut se faire en même temps que la division de touffes. Il vous suffira de :

  • Déterrer une touffe de consoude.
  • Débarrasser les racines de la boue et des restes de terre.
  • Séparer les touffes d’un coup sec et franc ou de prélever des morceaux de racines de 5 cm de long.
  • Planter en trou profond et large de 30 cm ou de piquer les racines à plat et à 5 cm de profondeur.
  • Arroser régulièrement afin de favoriser la reprise.

Attention : Ne prélever qu’un tiers des racines pour que la plante mère puisse reprendre facilement.

Des jeunes plants de consoude sensibles

Malgré la résistance de la consoude face aux maladies et ravageurs, les jeunes plants restent sensibles avant leur deuxième année.

Les altises peuvent s’attaquer au feuillage au printemps surtout si ce dernier est assez sec. Des trous apparaitront alors au niveau des feuilles.
Il vous suffit de pailler au pied pour maintenir une bonne humidité. Une pulvérisation au purin d’ortie est tout aussi efficace.

La consoude, une plante aux multiples vertus et usages

La consoude en permaculture

Reconnue mondialement comme engrais vert, la consoude se cultive au pied des arbres fruitiers pour leur apporter les éléments nutritifs nécessaires.
Elle présente une efficacité certaine pour l’assolement des potagers notamment pour recevoir ultérieurement des tomates et de la pomme de terre.

Si les racines de consoude démontrent une efficacité certaine pour l’amélioration de la fertilité du sol, les feuilles sont tout aussi efficaces.
Outre leur qualité ornementale, elles donnent du compost organique de qualité. Les feuilles en paillis, elles maintiennent naturellement la fraicheur du substrat mais constitue également de la fumure de surface.

Pour avoir de l’engrais vert à base de consoudes, il suffit de tremper les feuilles de consoude dans l’eau quelques semaines.

Comme fumure de fond, placer des feuilles de consoudes séchées dans les sillons. Les pommes de terre gagnent 10 jours sur leur cycle de croissance. C’est-ce qui lui vaut sa classification parmi les “instant compost”. Un paillis de feuilles fanées et hachées est aussi efficace. Dans ce dernier cas, le paillis se place avant le développement du feuillage.

L’engrais liquide à base de consoude est idéal aux tomates et aux haricots à rames, mais aussi pour tous les légumes.

Comment réaliser du purin de Consoude ?

Pour faire son purin de consoude : Remplir un tonneau ou un bac d’eau de pluie de préférence et y ajouter des poignées de feuilles de consoude.
Laisser macérer au moins 5 semaines.
Ajouté à l’ortie, le mélange donne un engrais complet riche en fer, magnésium, cuivre, potassium, bore, manganèse et en zinc.

L’herbe aux coupures, l’alliée incontournable en phytothérapie

La médecine traditionnelle préconise l’utilisation de cataplasme de feuilles de consoude pour consolider les fractures.
Aux vertus astringentes, il accélère la cicatrisation des plaies et brulures et traite différentes affections cutanées comme les acnés, furoncles et psoriasis.
Aux propriétés antiinflammatoires, les feuilles de consoude soulagent les douleurs rhumatismales, l’arthrose et les névralgies musculaires.

Racines de consoude
Racines de consoude (CC0 – Vatadoshu)

Pommade de consoude contre les blessures

Ingrédients : 12g de racines de consoude et 100 g d’Eucerin.

Préparation : Réchauffer légèrement l’Eucerin au bain-marie et ajouter les racines de consoude et retirer du bain-marie.
Laisser plusieurs jours, à couvert.
Réchauffer le mélange au bain-marie, jusqu’à ce que l’Eucerin devienne liquide et les racines coulent et filtrer Passer à travers un filtre.

Posologie : Mettre sur la plaie 2 à 3 fois par jour (et ne pas utiliser plus de 4 à 6 semaines).

En usage interne, la décoction de racine et feuille traite les toux sèches et les irritations buccales.

Attention aux infusions de racines et de feuilles de consoude, elles attaquent le foie en consommation conséquente et récurrente !

La consoude en massif nectarifère

Par leur couleur et leur nectar, les fleurs de consoude attirent les insectes pollinisateurs et notamment les abeilles.

Comme la consoude sauvage est très facile d’adaptation, vous pouvez facilement l’utiliser en couvre-sol ou en massif en contre-bas des haies de bordures. Son abondante floraison printanière fera le plaisir des essaims d’abeille.

Fleur mellifère de consoude
Fleurs mellifères de consoude (CC0)

Une plante riche en protéines et en sels minéraux

La comestibilité de la consoude est souvent occultée face à ses potentiels agricoles.
Vous serez étonnés d’apprendre que les jeunes feuilles finement hachées se dégustent en salades, cuites ou en beignets.
Elles s’apprécient indéniablement pour leur forte teneur en protéine et en sels minéraux à l’égal des épinards. Les jeunes pousses se consomment également en asperges.

Larges feuilles de consoude
Larges feuilles de consoude

En alimentation animale, les feuilles de consoude donnent du fourrage pour le bétail.
Il faut néanmoins faire attention car elles peuvent apporter de la toxicité au lait de vache.

Après lecture, vous êtes certainement tenté à vous lancer dans la culture de consoude et vous avez tout à fait raison ! 

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