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La baie du miracle, un concurrent potentiel du sucre

Synsepalum dulcificum - Infrutescence

Les chercheurs, voyageurs et missionnaires d’antan ont bien gâté les générations futures par leurs découvertes botaniques incessantes.

Par manque de technique, les recherches peinaient à aboutir pour que nos parents aient pu profiter des bienfaits de différentes plantes médicinales.
Grâce à l’évolution technologique actuelle, nous pouvons en profiter pleinement.

Majoritairement découvertes en régions tropicales du temps de la colonisation, les cultures en Occident s’avéraient parfois impossibles. La création de serres et de vérandas abritées nous offre maintenant la possibilité de mieux appréhender ces plantes tropicales et notamment le Synsepalum dulcificum oufruit miracle“.

Le fruit miracle, un trésor d’Afrique

Si la baie du miracle semble être récemment introduite dans la culture des Européens, sa découverte date pourtant de plus de 300 ans !

La découverte de la baie du miracle

En effet, les premières descriptions du fruit miracle ont été faites vers 1662. Prêtres, marchands d’esclaves, médecins, officiers de l’armée britanniques se sont succédé pour mieux décrire la baie du miracle découverte en Afrique de l’Ouest, l’actuel Ghana.

Cette espèce de la famille des Sapotacées a été connue sous différentes appellations : Synsepalum dulcificum, Bumelia dulcifica, Sideroxylon dulcificum, Bakeriella dulcifica ou encore Richardella dulcifica.

Plants de Synsepalum dulcifum
Fruit miracle en culture ( CC-BY-SA-4.0 – David J. Stang)

C’est en 1725 que Reynaud des Marchais, un explorateur français venta les vertus du fruit miracle en Europe.
En quête de nouvelles espèces fruitières en Guinée, il a pu constater la consommation massive de la baie du miracle par les autochtones et esclaves pour améliorer le goût de l’eau et de différents plats en manque de saveur.

C’est en début du XXème siècle que les échantillons d’herbiers rapportés par Auguste Chevalier ont enrichi les collections du MNHN. Dans sa collecte, il a pu retracer la distribution géographique de la baie du miracle et son utilisation.
Produit végétal facilement périssable, les recherches tombent facilement dans l’oubli et c’est en 1852, que l’entrepreneur et agriculteur W.F.  Daniell tente de cerner une nouvelle fois les propriétés de cette baie magique et la nomme : Fruit miracle.

Les vertus de la Baie du Miracle

C’est en 1968 que le chercheur japonais Kenzo Kurihara découvrit la protéine qui transforme le goût acide en sucré.
Il la nomma automatiquement miraculine dans la revue prestigieuse Science.

Lorsque les vertus de la baie miracle ont été dévoilées au monde entier vers les années 70, nombreux sont les chercheurs et entrepreneurs qui se sont lancés dans sa promotion : Robert Harvey a de ce fait, tenté d’intégrer la baie du miracle sur le marché américain mais sa commercialisation a été rejetée par la FDA (Food and Drug administration) faute de preuve de non-toxicité ou plus particulièrement pour sauvegarder les bénéfices issus de la commercialisation du sucre.
Mais depuis, les recherches n’ont de cesse de prendre de l’ampleur.

C’est vers l’an 2000 que des chercheurs japonais en collaboration avec Loïc Briand, directeur de recherche du Centre des Sciences du goût et de l’alimentation de l’Université de Bourgogne, à Dijon (CSGA) éditent les résultats des travaux de recherche sur le fonctionnement de la miraculine.

Le fruit du miracle, un produit légalement controversé

A l’heure actuelle, la commercialisation de la baie du miracle est autorisée en Amérique tant qu’elle ne soit pas mélangée à d’autres ingrédients.
Au Japon, la baie du miracle et ses dérivés sont libres de vente et intègrent même différents médicaments utilisés dans le traitement du cancer.

Malgré la notoriété accrue du Synsepalum dulcificum, sa commercialisation reste interdite dans tous les pays de l’Union Européenne.
Dans la foulée, sa consommation et sa production se fait de plus en plus rare en Afrique si sa culture s’intensifie en Asie, en Amérique mais aussi en Europe.

La miraculine, la protéine magique

On pourrait se demander comment cette petite baie peut faire de tels miracles sans traitement aucun et nous allons essayer de vous l’expliquer en quelques lignes.
Il n’y a rien de miraculeux, chaque phénomène a des explications scientifiques : ce sont de pures réactions chimiques !

Baies de fruit du miracle sur l'arbre
Baies du miracle en maturation (CC-BY-SA-3.0- MiracleFruitFarm)

Pour mieux appréhender le sujet, il faut comprendre les réactions de nos papilles au contact des aliments et comment on peut apprécier ces diverses saveurs.
Une papille humaine se compose de 50 à 150 cellules sensorielles du goût par lesquelles passent toutes les saveurs : acide, amère, sucrée, salée et umami. Néanmoins, les protéines n’agissent pas de la même manière face aux différentes saveurs.

Un peu de chimie

Et pourquoi ? L’explication relève encore de la chimie. Le goût acide est donné par les acides de Brönsted composés majoritairement de proton H+, qui est capable de s’associer avec des anions.
Suivant le potentiel Hydrogène ou pH ou simplement la teneur en H+ sur une échelle de 0 à 14, on évalue l’agressivité de l’acidité des aliments.
Plus le pH est faible, plus c’est acide donc, à plus forte teneur de H+. Aussi l’acide citrique du citron à 4H+ est plus agressif que l’acide malique à 3H+ des pommes ou l’acide éthanoïque du vinaigre qui ne contient qu’1H+.

Parallèlement à cela, les goûts acides et salés comprennent respectivement du H+ et Na+ qui sont captés par des protéines qui s’activent au contact de protons.
En laissant passer les ions, les cellules changent de charge électrique et provoque la libération de neurotransmetteurs. Les neurotransmetteurs se fixent par la suite sur le nerf à proximité des cellules gustatives en y laissant une décharge électrique transmise au cerveau.

Par ailleurs, les protéines réceptrices du goût amer, sucré et umami restent inactives et ne laissent pas passer les ions. Elles se déforment tout simplement au contact des différentes molécules et c’est la déformation qui entraine l’ouverture des canaux ioniques par d’autres molécules présentes dans cellules gustatives, modifiant ainsi les charges électriques de ces dernières.

Même si les recherches sont encore en cours sur le fonctionnement exact de la miraculine, l’explication la plus probante semble être la fixation de la protéine sur les récepteurs sucrés.
Mais elle ne sera activée qu’en présence d’acidité et le processus suivrait de fait, le deuxième schéma présenté précédemment.
Plus l’acide est agressif, plus la saveur sucrée serait accentuée.

Les effets de la miraculine durent de 30 minutes à 2 heures avant que la salive ne les estompe.

La baie du miracle, la trouvaille révolutionnaire  

Utilisations de la baie du miracle en médecine

Outre la faculté de changer le goût acide en sucré, les baies du miracle ont des effets probants dans le traitement du diabète et des gouttes.
Sur des personnes souffrant du diabète de type-2, les extraits de graines et de feuilles de la baie du miracle inhibe la production de glucosidase comme l’Acarbose.
En échappant à cette dernière étape de digestion, le sucre reste en quantité minime dans notre organisme et le taux de glycémie reste stable même après consommation d’aliments sucrés.

Dans le traitement des gouttes ou à titre préventif, le fruit miracle limite la production d’acide urique.
En effet, la miraculine inhibe l’activité de l’enzyme xanthine-oxydase pour la production d’acide urique et la transforme en oxypurinol qui dispose aussi d’effet inhibiteur de production d’acide urique.

Aux propriétés antioxydantes, la baie du miracle régule le taux de cholestérol dans le sang. Avec un taux de cholestérol stable, on évite facilement les problèmes cardiovasculaires.

Par ailleurs, les personnes sous chimiothérapie voient leur papille perdre en capacité sensorielle et entachée d’un gout métallique.
Une consommation de baie du miracle inhibe ces diverses sensations et l’appétit revient rapidement. De même, une telle prise facilite aussi l’absorption de différents médicaments au goût d’amer.

La baie du miracle, le compagnon idéal pour une bonne hygiène de vie

Dès sa découverte, la baie du miracle a été utilisée par les esclaves africains pour inhiber le mauvais goût de l’eau.
Et on continue de l’utiliser de la sorte mais sur une large gamme de consommations. Dans la vie quotidienne, le fruit miracle vient forcément en substitution du sucre palliant ainsi tout risque d’obésité.

Sans forcément recourir à l’ajout de sucre, un thé citronné reste hydratant et bien savoureux.
Elle permettrait donc de savourer différents plats, légumes et fruits dont on n’apprécie pas forcément le goût mais dont les compositions nutritives sont intéressantes.

Elle est également l’alliée idéale des régimes hypocaloriques pour une perte de poids assuré.
Durant la durée de la diète, la baie du miracle peut apporter à tout moment cette saveur sucrée quand les privations vous laissent un goût d’amertume.

Fruits frais de baie du miracle
Baies du miracle (CC-BY-3.0 – Forest et Kim Starr)

Dans la lutte contre la sous-nutrition, le fruit miracle pourrait apporter une révolution dans notre mode de consommation. En effet, elle permettrait de savourer d’autres produits végétaux non toxiques jugés jusqu’à maintenant non consommables par leur goût et pourtant très protéiniques ou riches en vitamines.

Sur le marché, la baie du miracle se vend sous forme de poudre, pâtes séchées ou comprimés vu que les fruits frais sont encore rares à la production. Mais maintenant, vous avez la possibilité de produire vos propres fruits miracles en se procurant des graines semencières.

Pour être efficace, les comprimés et poudre doivent recouvrir les papilles par succion donc une comprimé avalé directement ne présente aucun effet.

Synsepalum dulcificum, une plante capricieuse aux vertus majestueuses

Synsepalum dulcificum est un arbuste fruitier de 3 m de haut.
Originaire des régions tropicales africaines, il se cultive en pot sous nos latitudes. Culminant à 1 m de haut, il reste très ornemental avec ses denses feuilles en disposition verticille.
Mais cette plante tropicale se cultive particulièrement pour ses baies rouge brillant aux vertus indéfinissables.

La culture de l’arbre à fruits du miracle

En Europe, une culture en pot en intérieur, aux vérandas ou sous serre reste la plus adéquate.
Avec des conditions de culture semblables à celles de la vanille, le fruit miracle ne peut être que productif. Sous serre, une forte hygrométrie ambiante permanente ne peut que lui être favorable.

Culture intensive de Synsepalum dulcifum
Culture intensive de Synsepalum dulcifum ( CC-BY-SA-3.0 – MiracleFruitFarm)
  • En pot en pleine terre, un sol tourbeux adouci au sable horticole sur un plateau d’argile garantit le bon développement du fruit miracle.

Plante avide d’humidité, on maintient le substrat humide tout au long de la culture. Un arrosage est requis dès que le substrat sèche en surface et on brumise régulièrement les feuilles.

La multiplication du Synsepalum dulcificum

Une fois que vous disposez d’un plant de Synsepalum dulcificum, vous pouvez aisément intensifier votre culture par semis ou par bouturage.

  • Le semis de fruit miracle se conduit en godets remplis de tourbe humide en emplacement sous 25 à 35°C.
  • Pour le bouturage de tiges, prélevez des tiges semi-aoûtées et piquez dans des pots remplis de terreau de semis, de la tourbe et du sable.

Pour une meilleure reprise de la plante, Synsepalum dulcificum requiert un peu de repos.
Pour ce faire, une baisse de température à 15-18 °C et une baisse de luminosité déclenchent automatiquement le repos végétatif.

Comme le fruit miracle se cultive majoritairement en intérieur sous nos latitudes, il faut faire très attention aux cochenilles et acariens qui peuvent facilement infester la plante.

Comme beaucoup d’arbres fruitiers, la production de fruits commence à partir de deuxième ou troisième année de culture.
Vous pouvez profiter de la saveur légèrement sucrée au goût de canneberge des baies du miracle d’octobre à avril.
En l’absence de pollinisateur, la pollinisation manuelle reste cependant incontournable.
Elle reste très facile : il vous suffit de déposer le pollen sur le pistil.

A la maturité, vous pouvez consommer les baies du miracle crues ou cuites ajoutées aux différents plats.
Facilement périssables pour des importations et trop vertueuses pour en avoir gratuitement chez le voisin, produisez vos propres baies du miracle, vous ferez bien des jaloux !

A vous de jouer 😉

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